Dysfonctionnements en série des outils DNUM
Mesdames, Messieurs les ambassadeur.ices, ne tirez pas sur les pianistes !
Il y a de la grogne dans le réseau sur les dysfonctionnements en série des outils informatiques, c’est bien normal. Mais comment en est-on arrivé là ? Voici quelques éléments de réponse…
Seulement 2 concours ASIC (Attaché.e des systèmes d’information et de communication) depuis 2020 et des départs massifs en retraite, mobilité, démission. C’est presque 1/3 des ASIC qui sont parti.e.s en quelques années. La baisse du nombre de SESIC (Secrétaire des systèmes d’information et de communication) est aussi amorcée, avec le concours repoussé cette année, de la mobilité souvent par lassitude et 15% du corps qui va partir en retraite.
A l’étranger, c’est 25 postes d’expertise DNUM (Direction du numérique) qui ont été supprimés en quelques années pour créer 50 postes de CSI (Chargé.e des systèmes d’information) souvent double-casquette (15% des ASIC/SESIC/CDI/VI du réseau DNUM à l’étranger en moins).
En administration centrale, il n’y a plus que 70 titulaires ASIC et CDI pour encadrer une centaine de CDD, une quinzaine de VI/Apprenti.e.s ainsi que 180 prestataires dans les équipes projets et 75 autres dans les équipes d’infogérance.
Les CDD sont passés d’une cinquantaine à plus de 100 pour remplacer les titulaires parti.e.s et on va faire pire avec le marché de prestation intellectuelle qui va exploser cette année : il vient de tripler à 205 millions sur 3 ans, et on devrait passer de 180 à plus de 400 prestataires.
Les prestataires étaient là pour apporter du volume de travail sur les gros projets en développement comme FranceVisa. Ils sont maintenant aux commandes avec 5 millions de prestations de « consultant.e » dans le nouveau marché… En quelques années, on est passé du « faire » au « faire avec » puis au « faire faire » maintenant c’est « on va vous dire quoi faire »… Comment vanter la souveraineté des solutions numériques de l’État tout en privatisant la DNUM du ministère ?
Les expert.e.s techniques de la DNUM ont été phagocyté.e.s par le travail administratif de gestion de ces équipes à qui il fallait tout apprendre et gérer leur turn-over rapide. Ça commence à se voir… Les problématiques techniques n’ont d’ailleurs plus tant d’importance, on communique surtout sur l’éthique de l’IA, l’impact environnemental du numérique, la souveraineté du poste de travail ou la féminisation à la DNUM. Ce sont effectivement de vraies questions sociétales et stratégiques, mais en attendant Portaleo a disparu, SAGAIE ne répond plus, la Visio bafouille, Diplomatie se fige, SCOLAIDE revient au papier/crayon et même le réseau internet protégé n’est plus maintenu, RIP pour le RIP… RIP pour un Système d’Information universel, sécurisé et disponible 7 jours/7 et 24h/24.
Les problèmes de la DNUM impactent tous les services en administration centrale aussi. Que ce soit la fin de marché calamiteuse et coûteuse de l’infogérant SPIE, la « modernisation » sans fin du feuilleton RECE (Registre d’état civil électronique) pour les agent.e.s du SCEC ou demain l’arrivée du nouveau SIRH (Système d’information sur les ressources humaines) qui va perturber DRH et CSRH pendant plusieurs années, nous appelons les agent.e.s à ne plus subir sans réagir et à demander à intégrer ces dysfonctionnements aux DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels) comme risques psychosociaux de stress et de surcharge mentale afin que l’administration prenne enfin des mesures, notamment en prévoyant de réduire la charge de travail des agents pendant les périodes de migration. Les bascules « big-bang » permettaient de passer d’un outil à un autre, « l’agilité » c’est faire cohabiter deux systèmes pendant des années, et ce sont les utilisateurs et utilisatrices qui en supportent le poids.
A la CGT-MAE, nous participons depuis 2 ans aux différents groupe de travail sur l’avenir des agent.e.s SIC (Science de l’information et de la communication) avec la DRH et la DNUM. Consultez nos analyses, avec chiffres, référence à des rapports de la Cour des compte et des dossiers parlementaires sur la DNUM du MEAE qui annonçaient déjà une situation qui se dégradait. Nous n’avons jamais reçu de réponse à aucun de nos travaux et propositions. Ce que nous avions annoncé se réalise pourtant et la pyramide des âges des titulaires à la DNUM étant ce qu’elle est, il sera bien compliqué d’inverser la tendance.
Mesdames les ambassadrices, Messieurs les ambassadeurs, vous ne pouvez plus travailler ? Ne tirez pas sur les pianistes, il en reste bien peu. Appelez la production, c’est eux qui ont sacrifié les artistes…

